Pendant, que la Suisse faisait des yeux doux à Corey Locke (entendez-vous mon coeur qui se brise?), moi, j`arrivais à Puerto Madryn après un voyage de bus quasi sans encombres. Bon, la transmission du bus a sauté à mi-chemin et il a fallu transférer dans un autre, mais, surprenamment, le tout n´a pas eu de franches répercussions sur notre heure d´arrivée à destination; à peine 30 minutes de retard. Dès mon arrivée à l´auberge de jeunesse, je tentai de de “booker” pour le jour même une visite guidée de la Reserva Nacional Valdes, réserve faunique à quelques kilomètres de la ville jugée Patrimoine de l´Humanité par l´UNESCO et unique raison de ma visite à cet endroit. Malgré les efforts du gars à la réception, ce fut impossible (j´étais arrivé à 8h et les “tours” débutaient à 8h30). Ne me laissant pas abattre, rempli d´énergie de par mon sommeil somme toute réparateur de ma nuit sur le bus, je me décidai à louer une bicyclette et parti á l´aventure dans les alentours de la ville. Je voulais visiter deux lieux en particulier; la Punta Flecha, un mirador de baleines situé à 16 kilomètres au nord de la ville, de même que Punta Loma, un repaire à flanc de colline où se réunisse à tous les jours une colonie de près de cent otaries à près de 17 kilomètres au sud de la ville. Le hic, c´est que je devais me synchroniser avec l´heure des marées, devant être à Punta Flecha pour la marée haute (10h30) et à Punta Loma pour la marée basse (17h30) (ce que je réussi cependant sans difficulté, trouvant même le temps de faire une petite pause au milieu à l´hotel, juste à temps pour regarder le match France-Roumanie). S´en suivi une journée sous le signe de l´activité physique, avec ses 6 heures de bicyclette dans des chemins de gravelle sur plus de 65 kilomètres. Moi qui me l´était plutôt coulée douce depuis le début de mon voyage, ça changeait de de beat! Disons qu`à la fin de la journée, j´étais un peu fatigué. Suivant mon habitude depuis mon arrivée en Argentine, je me récompensai le soir même d´un immense plateau de fruits de mer accompagné d´une bouteille de blanc “maison”, un Chablis (quand la bouteille de blanc maison (10 pesos) est 5 pesos de moins que la moins cher des autres demi-bouteilles disponibles, il faudrait bien être fou de s´en passer!) vraiment excellent dans un charmant restaurant à deux pas de mon hôtel, annulant du même coup facilement toute dépense calorique qui avait pu être faite ce jour-lá.
La journée du lendemain fut consacrée à la visite de la Reserva. J´en ai profité pour faire la première croisière aux baleines de ma vie (situation, il faut le dire, gênante pour quelqu´un originaire de l´Est du Québec), et ce fut, je dois l´avouer, assez impressionnant que de voir ces monstres sous-marins plus gros que des autobus s´approcher à 2 mètres de notre embarcation…
Le reste de la journée fut cependant un peu décevant… Beaucoup de route (430 kilomètres) à faire pour voir peu de choses (un autre repaire à otaries, quelques guanacos (résidents de la steppe patagonienne de la famille des llamas et alpagas, ça goûte le boeuf, paraît-il), un armadillo audacieux fort sympathique (ces petites bêtes qui ressemblent à des fourmilliers et dont l`on fait des charango (mini-guitares) en Bolivie… ça goûte le porc, paraît-il) ainsi qu`une plage à éléphants de mer (je sais pas ce que ça goûte… la graisse de baleine, peut-être? :P) où il n`y en avait en fait qu´un seul, loin, sommeillant au bord de la mer, visiblement aussi actif qu`un sénateur à Ottawa).
Le soir même, je pris un bus pour Buenos Aires, comptant profiter de mes derniers jours en Argentine pour décanter dans la capitale. Ce dernier voyage de bus, Guillaume sera certainement ravi de l´apprendre, me permis cette fois-ci de connaître les joies des bloqueos, ces routes bloquées par des manifestants en quête de moyens de pression potables. Cette fois-ci, c´était des conducteurs de camions qui manifestaient leur appui, me semble-t-il, aux cultivateurs en grêve depuis déjà quelques semaines. Hé bin. Le plus drôle dans tout ça c´est qu´avant d´acheter mon billet de bus, j´avais pris la peine de m´assurer que les routes que je m´apprêtais à prendre ne seraient pas bloquées. Cependant, loi de Murphy oblige, les camionneurs choisirent évidemment la nuit de mon départ pour y planter leurs piquets. Résultat: 5 heures de retard, ce qui n´est pas si mal vu mes antécédants.
 mon arrivée à Bariloche, j´ai terminé le dernier livre (La Plaisanterie, de Kundera) que je m´étais amené de la maison. Je l´ai dévoré en à peine 3 jours. Sa lecture me parû légère, agréable, voire douce en comparaison avec celle si rude, dure des Bienveillantes, comme une douche fraîche par un après-midi d´été à la chaleur et l´humidité étouffantes. Au delà de la forme, disons que les thèmes abordés dans La Plaisanterie (l´amour, la tradition, la philosophie, la musique, le pardon, l`amitié, etc.) diffèrent légèrement de ceux du Goncourt 2006 (meurtre, sadisme, inceste, viol, trahison, folie, etc.)! Ne vous méprénez pas, je ne dis pas que le livre n´est pas bon, au contraire! Disons simplement que sa lecture me parût plutôt exigeante. En tous cas. J`ai donc dû m`acheter un livre et j`ai finalement jeté mon dévolu sur To kill a mocking bird, de Harper Lee. J`avais déjà entendu parler de son adaptation cinématographique, un classique paraît-il, mais je n`avais jamais eu la chance ni de voir le film, ni de lire le livre. Quelle agréable surprise! Splendide roman, touchant, drôle, simplement écrit (un grand plus pour moi lorsqu`on parle de livres en anglais), il utilise la narration attachante d´une enfant pour traiter d`un sujet aussi sombre que le racisme et nous plonge littéralement dans la vie d´un petit village du sud des États-Unis dans les années 30, avec son langage, ses moeurs, son quotidien. Magnifique. Cependant, comme il me manque encore une centaine de pages avant de le terminer, je me garderai donc encore une certaine gêne, mais je dois dire que pour le moment, il s`agit du meilleur roman que j`ai lu depuis un bon bout de temps et me semble mériter pleinement son Pullitzer.
Me voilà donc de retour dans les fumées de muffler “pas-kyoto-pentoute” de la capitale. Hé oui, mon voyage tire déjà à sa fin. Plus que jours avant mon départ pour les chaleurs de Montréal. J`ai profité de ma fin de semaine pour vivre pleinement le nightlife porteño une dernière fois. Vendredi, après quelques pintes de stout anglaise dans un charmant pub, je me suis fais entraîné par un allemand cinglé dans une sorte de club de musique électronique underground (tout à fait moi) où il y avait, paraît-il, un DG italien qu´il connaissait pour danser jusqu`aux petites heures du matin alors que samedi, j`ai pu profiter d´un superbe concert de tango dans un entrepôt nowhere d´un groupe qui m´avait été chaudement recommendé par Noémie (merci!). Je me joins donc à elle pour passer le mot sur ce blogue et à mon tour fortement vous suggérer d`aller voir une prestation de ces talentueux jeunes musiciens si jamais vous passez par Buenos Aires un jour (http://www.fernandezfierro.com). En plus, il y a le match de qualifications pour le Mondial Argentine-Équateur ce soir et un groupe de gars ici sont en train de me convaincre de les accompagner au stade… On verra.
Bon. Je pars dans 3 jours. J´imagine que ce serait le moment tout choisi pour faire des bilans.
Que retiens-je donc de ce voyage? Mmm. Bonne question. C´est toujours intéressant de faire l´exercice…
#1. Voyager seul. Que dire? En effet, c`était ma première fois. Je dois dire que ce fut, pour plusieurs raison, pour moi une expérience intéressante. Tout ce qu´on en dit est vrai: pas de compromis, toujours faire ce que l´on a le goût, l´égoïsme pur, s´occuper de soi, penser, lire, être plus disponible aux rencontres… Cependant, et j´imagine que c´est différent pour chacun, je crois que je préfère, malgré tous les avantages énumérés précedemment, encore voyager à deux. Ça peut paraître un peu fleur bleue, mais c´est vrai, dans mon cas en tous cas, ce qu´on dit: que les meilleurs moments de notre vie sont encore ceux que l´on peut partager avec quelqu`un qu´on aime. (wow, ça, ça fait c´est beaucoup d´incises… Je profite de l´occasion pour m´excuser à vous tous, chers amis, pour cette facheuse habitude qui, je dois l´avouer, est mienne et qui, on le conçoit aisément, peut parfois se révéler agaçante, voire énervante à bien des égards, que celle de mettre partout, ou du moins assez souvent, des incises dans mes textes.
Hahaha)
#2. Mon espagnol. Il est bon! Pas encore suffisament pour suivre un match de soccer à la radio (je doute qu´il le soit un jour!), mais assez tout de même pour suivre, comprendre et participer à la plupart des conversations que la vie peut nous apporter (ce qui n´inclut pas celle d`un groupe de 7 Chiliennes saoûles parlant de mode, mais je persiste à croire que c´est magré tout raisonnable) et survivre au castellano argentin… Je reviens donc au pays avec une plus grand confiance en mes moyens me promets de parler en espagnol avec tous mes patients hispanophones et d´apprendre la terminologie médicale. Au fait, à Bariloche, je me suis porté acquéreur dans une librairie d`un petit livre appelé Ché Boludo!, sorte de guide-dictionnaire permettant au gringo intéressé de mieux comprendre le parler typique argentin. On y retrouve de tout, des proverbes aux insultes les plus originales, c´est vraiment drôle. J`ai donc passé mes deux dernières semaines à essayer d´insérer au sein des conversations quelques termes ou expressions tirés du livre, sous les regards ébahis de mes interlocuteurs argentins (ma préférée? “cerrado como un culo de muñeca”, littéralement “fermé comme un cul de poupée”). Beaucoup de plaisir, indeed! Au fait, si jamais l´un d´entre vous décide d´aller en Argentine, qu´il me le demande, je lui prêterai volontier: définitivement un must de lecture avant de partir en voyage!
#3. Ma carrière. Mes nombreux temps libres m´ont permis de penser beaucoup à ce que je voulais faire de ma vie. La conclusion est encore brouillon, certes, mais elle confirme mon intérêt pour la médecine familiale et j´entreprendrai en juin avec beaucoup d´enthousiasme ma résidence. Pour ce qui est de choisir entre une pratique plus standard ou bien de m´orienter vers une mini “spécialisation” en soins palliatifs, mon coeur balance encore, mais je compte bien profiter de ma résidence pour tirer tout ça au clair et je sais que, le moment venu, je prendrai la bonne décision. Serennité, je crois que c´est le mot qui décrit le mieux mon état d´esprit à ce niveau.
#4. Le voyage. Je crois que j´aborde, après ce troisième départ en Amérique Latine, le voyage avec plus de réalisme. Je m´explique: j´adore voyager, mais le fait de voyager m´a permis de comprendre que le voyage en soi ne m´apportera pas nécessaire plus de bonheur ou de meilleures occasions de me réaliser que le fait de rester chez soi, contrairement à cette conception un peu idéalisée que, comme tant de jeunes, j`en avais autrefois. Être loin de chez soi, je crois, m´a permis de réaliser à quel point Québec fait parti de moi. Je comprend aujourd´hui que j`aurais bien de la misère à quitter pour plusieurs années de suite à l´étranger… Partir pour mieux revenir, dit-on. J`aime trop mon chez-moi, ma langue et, malgré ce qu´on en dit souvent, les gens de chez nous, dans leurs qualités et leurs défauts. Voyager, je crois, a renforcé mon identité et ma fierté québécoise plus n´importe quelle St-Jean Baptiste ne pourra jamais le faire. À la classique question (entendue des centaines de fois à chaque voyage), “Where are you from?” ou “¿De donde es?”, je répond aujourd´hui, et ce plus que jamais, “Québec”.
C´est donc sur cette note patriotique que je terminerai cet éphèmère blogue de voyage. Je vous souhaite à tous un magnifique été et j´espère que vous avez apprécié lire mes modestes écrits, ne serait-ce qu´en partie autant que moi j`ai eu à les faire. Comme vous avez eu la patience de lire cet interminable billet jusqu´à la fin, je vous récompense en vous laissant sur un proverbe local, tiré tout droit de mon petit guide avec la traduction qui l`accompagne:
“Un pelo de la concha tira más que una yunta de bueyes“. litt:”one pussy hair pulls more than a team of oxen”.
Au plaisir de se revoir à mon retour!
Michel
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P.S.: Je vous envoie les dernières photos/vidéos de mon voyage dans le prochain message.